Ya des fois, comme ça, on se dit que finalement un nom et un prénom ce n'est pas grand chose, que ça nous est donné, comme d'une fée penchée sur notre berceau, dès notre naissance, et que c'est tout autant anodin que la couleur de nos cheveux, ou la taile de... heu... nos pieds. Par exemple. Y a des fois, comme ça, on se dit aussi que ça n'a pas plus d'incidence sur notre personnalité que d'être blond(e) au lieu d'avoir été brun(e) (ou inversement), l'un comme l'autre ne changeant absolument rien quant à ce que l'on aurait été si on avait été l'inverse (oui, cette phrase est compliquée à comprendre, mais l'est encore plus à écrire).
     Y a des fois comme ça, où ça ne se passe pas tout à fait ainsi. Par exemple, pour un auteur -de bd's, de scénarios, etc.- le nom des personnages a beaucoup d'importance, il permet d'évoquer par exemple la personnalité de tel héros, de la signifier directement au lecteur, etc... (Je me souviens à ce propos d'un excellent dingodossier de Gotlib qui traitait explicitement de cela, que je vais plagier sans la moindre petite once de vergogne). Ainsi, il faut conseiller à l'auteur en herbe de ne pas appeler son super-héros bodybuildé sauveur de la planète Jean-Claude Petitbidon, mais plutôt Vaillant Coeurdacier, ou bien encore Mister Courage, ou autre nom héroïque de cet illustre acabit. De même par pitié, n'affublez pas un représentant du mal absolu sur terre du sobriquet de Kiki P'tiroujgorge, mais donnez plutôt dans le Melkhor Barzahamut, ou bien encore Serpentus Seth Golgoth... L'important est ainsi que la sonorité ou le sens du nom invoque et évoque la personnalité et les caractéristiques du personnage qui le porte.
     Pourtant, y a des fois comme ça aussi, la réalité est bien plus imaginative que tout cela réuni, bien que s'incarnant dans des circonstances plus tragiques. En effet, que dire du nom (que personne n'oserait insérer dans une fiction tant cela paraitrait gros) de cet abbé qui deffraya la chronique il y a peu et qui en effet y allait avec entrain : l'abbé Denis Vadeboncoeur? Non mais, je pose la question, n'est-ce point là prédestination! Comment peut-on dans le même temps avoir un nom aussi ridicule et commettre des crimes de la sorte? Tout cela n'aurait tenu qu'à moi, j'aurais condamné l'hurluberlu avant même qu'il ne puisse perpétrer un quelconque crime, sur la simple raison de l'absurdité de son patronyme. Inutile de parler ici de Marc Dutroux, dont le nom à lui tout seul est tout un programme. On peut signaler également, bien que moins connu, le renvoi du procureur principal de la Cour suprême fédérale sous l'administration Adenauer, qui portait le doux nom de Wolfgang Immerwahr Fränkel, parce qu'en dépit de son deuxième prénom[1], il n'avait pas répondu avec une sincérité parfaite aux questions qu'on lui posait sur son passé nazi...

  
Ce texte est une ébauche à compléter, et de la même manière que le spectateur participe à la création de l'oeuvre qu'est l'incomplète Vénus de Milo parce qu'il la parachève de son regard, vous êtes invité à faire de même -toutes proportions gardées- avec le présent texte. Cela d'une part parce que je deviens fainéant avec l'âge, et d'autre part parce que y a pas de raison qu'il n'y ait que moi qui me casse la nénette... De plus faut pas m'énerver, je suis en train d'arrêter de fumer...




Notes.

[1] En allemand, Immerwahr signifie : toujours la vérité. Cette anecdote est rapportée par Hannah Arendt, Eichman à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, Paris, folio histoire, p. 32.