Car en vérité je vous le dis, il fallait bien que quelqu'un s'élève contre le mauvais goût criminel qui porta un jour les fabriquants de vêtements à conceptualiser dans leur cerveau malade et hérétique pareille aberration...

    Mais avant de commencer cet indispensable exposé, et ceci tout spécialement pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, ou bien encore qui ne connaisssent pas l'ignominie en question, voici un petit croquis fort à propos (oui, j'ai de l'avenir dans le dessin, merci) :

en 1. - nous avons le pantalon de l'honnête homme du XXIè siècle
en 2. - le fuseau...




   Que nous soyons ainsi bien compris : il ne s'agit pas ici de critiquer le fier pantalon que les skieurs dévalant les piste appellent noblement du même nom, mais bien du fuseau apparu pour moi dans les années 80 (époque bénie de riches trouvailles) porté le plus souvent par les danseuses et danseurs... Là où un pantalon bien de chez nous épouse le corps de son porteur jusqu'à l'endroit réglementaire de la fin de la jambe, là où l'honorable futal s'arrête comme qui de droit à la naissance du pied, et bien le fuseau lui, n'en faisant qu'à sa tête continue jusqu'au dessous par un fine lamelle de tissu, et non content de s'arrêter là ,l'impertinent, poursuit jusque de l'autre côté dudit pied...

    Je dois bien vous l'avouer, il y a dans cette excroissance de ruban quelque chose d'aberrant, de contre-nature, d'anormalement erroné...  Il y a dans  cette absurde protubérance un je-ne-sais-quoi d'énigmatique et de baroque, une saveur indéfinissable confinant à ce qu'un psychanalyste appelerait inquiétante étrangeté. Ce trop-plein d'étoffe tout à fait déraisonnable, cette tubercule dans la continuité de l'habit donne à l'ensemble de l'accoutrement un air ridicule et déplacé. Comme si sans cette proéminence de textile le porteur risquait de s'envoler par le haut, comme si l'attraction terrestre fonctionnant à l'inverse, il était indispensable d'en protéger l'habillé afin qu'il ne tomba pas subitement de son vêtement vers le ciel!

    C'est bien simple, le fuseau, en plus d'aller à l'encontre de toutes les règles de la physique qui régissent notre monde (Dieu les préserve), est également un manquement scélérat à la bienséance et l'élégance les plus évidentes. La ceinture, voilà un outil fort à propos! voilà un instrument décent et convenable, qui confirmant la régularité du monde, demeure dans l'ordre des choses. Les bretelles, belle invention, servent également à ne pas que l'habit ne descende impromptument, mettant à nu son porteur! Mais le fuseau, haaaaaaaaa, le fuseau lui, môsieur, il n'en fait qu'à sa tête, en dépit de la délicatesse polie et présentable qu'il conviendrait d'arborer, lui, non, il empêche que le pantalon ne re-mon-te! haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa le faquin, le bêlitre, le maraud, il faut qu'il se fasse remarquer : non, le pantalon n'ira pas vers le haut, qu'on se le dise... Le pantalon, ce qu'il faudrait, c'est l'empêcher de descendre, mais non, nous, fuseaux, qui valons mieux que tout le monde, nous permettons de mettre sens dessus-dessous le savoir-vivre le plus rudimentaire, en interdisant à la défroque d'aller vers le sommet! Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa le vaurien, le pendard, la grossière canaille, je l'abhorre et le honnis dans un même mouvement.

    Je propose, pour pallier à cette incongruité néfaste, de persécuter jusqu'à l'abjuration tout fuseau et porteur de fuseau, que de la limaille leur soit faite avalée par le nez, et que l'on écartelle et strangule l'un à l'aide de l'autre... Amen





N. B. : ce billet n'a pas été écrit sous l'emprise d'un  psychotrope d'une quelconque sorte, ni ne relève d'aucune pathologie psychiatrique...