De lui ne sont mis en lumière que les avatars les plus stéréotypés, et bien qu'il en sorte quelques uns du lot, il demeure que la forêt qui se cache derrière ces arbres est d'une dimension bien souvent insoupçonnée[1]. Aussi, pénétrons cette étendue boisée et jetons notre regard sur l'une des disciplines qui le compose : la danse.

Et en particulier, j'aimerais m'arrêter un peu ici sur le style de danse particulier qui se nomme le Popping. Mais qu'est-donc que le Popping? Et bien qui a vu Mickael Jackson faire le moonwalk[2] , ou bien a vaguement une idée de ce à quoi ressemble quelqu'un qui fait la vague avec son corps a déjà un semblant de réponse. Le Popping, c'est cela! Ou bien plutôt, c'est aussi cela, mais pas seulement. C'est aussi et surtout beaucoup plus.

Mais pour plus de clarté, reprenons au commencement, c'est-à-dire la funk de la fin des années 70 (mais qu'est-ce qu'un commencement, dans une suite historique où tous les éléments sont intriqués les uns-aux-autres, formant une chaîne huileuse et ininterrompue, qui va du coeur battant des tribues, aux vibrations électroniques les plus modernes?).Un groupe de danseur nommés les Electric Boogaloo, fin 70, mixe deux styles de danse que sont le Boogaloo (oui, c'est un nom rigolo) et le Poppin'. Ce sont deux danses de rue, qui ont encore une pérennité aujourd'hui, et qui se caractérisent par le fait qu'elles sont des danses debout, qui ne comportent pas d'acrobaties. Par contre, elles demandent une précision et une souplesse redoutables. En gros (mais il faut le voir pour le croire, le lire ne suffit pas), cela consiste à faire bouger son corps dans des positions qu'il ne prendrait pas naturellement, mais de manière méchamment stylée. La base consiste en la contraction et la décontraction des muscles, placées à des moments rythmiques bien précis.

Ce sont donc les Electric Boogaloo qui sont le point de départ ce ce type de danse. Dansant sur du funk bien gras, c'est la raison sur laquelle le popping est rangé dans la catégorie des funkstyles. Vous vous souvenez du mec bourré à la fin d'un repas qui essaie de faire des mouvements de robot, ou de votre pote qui-le-fait-vraiment-super-bien, et bien c'est de là que ça vient, oui oui. Mais Un dessin valant mieux qu'un long discours (bon, ok,une vidéo dans ce cas), regardons plutôt ceci :

Electric Boogaloo - 1980




Les principes de base du popping, peuvent se diviser en trois grandes familles : Les hits, contraction des muscles en rythme sur des instants musicaux clefs . Ces contractions passent des jambes au bras, le torse, et même la gorge, comme le montrera une vidéo un peu plus bas dans ce billet, si vous être attentifs en la regardant. L'isolation, qui est une technique de mime qui reproduit des mouvements robotiques. Et enfin les angles, qui consistent à bien choisir les angles qui rendent le mouvement le plus esthétique.

Et les formes modernes de danse ont su s'approprier un tel héritage. J'ai trouvé quelques vidéos, et la plupart proviennent d'un équivalent d'"incroyables talents", de je ne sais exactement quels pays (les States et le Danemark, je pense).


Pour commencer, quand je vous parlais de désynchroniser les muscles, voire la gorge, jetez donc un noeil à la vidéo qui suit. Ca commence un peu doucement, mais ça devient rapidement assez dingue, donc ça vaut le coup de la regarder en entier (bon, ok, je vous autorise à zapper la fin, où deux abrutis et une espèce de cruche, qui semblent avoir autant de fromage blanc dans le crâne les uns que les autres, font leurs réflexions. Incroyables talent's style oblige) :



Robert Murraine




Les deux vidéos qui viennent ensuite sont pour moi encore plus spectaculaires. La précision des mouvements est vraiment bluffante, la mise en scène très efficace, et le choix musical parfait. Contrairement à celle d'avant, deux danseurs sévissent ici en même temps, et la synchronisation de leurs mouvements est d'un raffinement effroyable. Et là se dégage cette espèce de sensation selon laquelle les mouvement et le son, la dimension simplement spatiale des corps et le caractère temporel propre au rythme, ne font plus qu'un. Si j'avais à spécifier ce qui, pour moi, fait le plus grand intérêt artistique de ce style de danse, je dirais que c'est cette caractéristique par laquelle le mouvement et le son trouvent leur point de rencontre, jusqu'à se fondre l'un à l'autre. J'ai mis leur deux videos à la suite, mais on en trouve d'autres sur les sites de partage de vidéo (voir la section sources, plus bas). Encore une fois, ça vaut le coup de les regarder en entier, et d'en profiter pour remarquer que, en plus de la danse elle-même, il y a tout un jeu de mime, d'expressions faciales, d'habillage ayant une lointaine parenté avec la pratique du clown (La pratique du déguisement fait quasiment partie intégrante de l'exhibition dans de nombreuses manifestations de popping)...



Nick & Jeppe - Talent 2008 Denmark #1




Nick & Jeppe - Talent 2008 Denmark #2




Sources :

Notes

[1] Il y aurait quelque chose à dire sur la manière dont la charge revendicative, profondément ancrée dans des luttes sociales, est comme neutralisée par le système qui a su parfaitement rependre à son compte une partie de la culture hip-hop. Il y a un excellent article du Monde Diplomatique qui met parfaitement en mots la manière dont, en France par exemple, certaines formes les plus acceptables de cet art, les plus médiatisées, viennent parfaitement faire correspondance avec le discours politique en vigueur. L'exemple qui est pris dans cet article est celui du "Slam", ou plutôt de la manière dont ce mouvement s'est incarné en France depuis quelques années. Abd Al Malik, Grand Corps Malade, etc... en sont les meilleurs représentants. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ici la dimension contestataire, à tout le moins iconoclaste, qui est le terreau initial du hip-hop, est pour le moins désamorcée. Non pas qu'il faille obligatoirement l'être pour être une production artistique valable, mais seulement parce ce genre de productions ne rendent pas forcément compte de la profondeur et de la richesse de cet art. Il n'est peut-être pas étonnant non plus que celles-ci cadrent parfaitement avec un certain type de discours politique, avec la bénédiction explicite du ministre de la culture. Bref, je ne peux que conseiller la lecture de l'article ci-dessus.

[2] Voilà le moment de vous révéler quelque chose d'incroyable. La photo en tête de ce billet figure Mickael Jackson, grand danseur, qui défie la gravité. Et bien figurez vous que mon insatiable curiosité m'a poussé à me demander comment il pouvait bien tenir cette position absolument absurde. Et croyez le ou non, mais cela est permis par ses bottes anti-G. Oui, oui, vous avez bien lu, il s'est fait fabriquer des bottes lui permettant d'effectuer le mouvement que je viens de baptiser "des chaussures de ski". Voici un croquis détaillé de la chose. Et pour qui désirerait se la raconter en soirée devant ses amis, voici la notice détaillée qui en permet la fabrication. Ô merveilles de possibilités que permet internet...